La rédemption de Stéphane Ouellet : vaincre ses démons

Stéphane Ouellet. crédit photo : Herby Whyne

Stéphane Ouellet. crédit photo : Herby Whyne

Entrevue avec Stéphane Ouellet, par Jeff Emond Jeffrey

En premier lieu, cette entrevue date du 22 novembre 2011, alors que je travaillais pour The Boxing Examiner de Toronto. Ce fut l’un des moments les plus touchants de ma vie.

Dans cet entretien, Stéphane nous entretenait sur l’ensemble de sa carrière, sa trilogie contre Davey Hilton Jr, sa préparation pour un éventuel retour et sa quête de paix intérieure. Pour la nouvelle génération de fans, l’honneur me revient de vous le présenter.

Jeff Emond Jeffrey

Stéphane Ouellet est l’un des plus prestigieux talents de boxe que le Québec peut compter. Natif de Jonquière, ce pugiliste possède un superbe jab, avec des mains rapides et puissantes. Au cours de sa carrière, il remporta le titre canadien des Super mi-moyens contre Roddy Batson et deux autres titres canadien chez les Moyens face à Alain Bonnamie et Alex Hilton.

C’est en 1998 que Ouellet s’est retrouvé aspirant numéro un au titre de la WBC. Ses trois affrontements contre Davey Hilton Jr demeurent graver dans nos mémoires.

En compagnie d’Eric Lucas et Otis Grant, Ouellet fut l’un des acteurs les plus importants qui permit à la boxe de sortir de l’ombre à l’aube du nouveau millénaire. Stéphane n’a jamais cherché l’adulation qu’on lui a portée durant ces années. Pourtant sa simplicité et sa lutte contre ses démons intérieurs tels que l’alcool et la drogue inspirent chacun d’entre nous.

Depuis quelques années déjà, ”Le Poète ” souhaite ardemment finir sa carrière sur une note positive. Qui sommes-nous pour lui empêcher d’obtenir sa rédemption?

Jeff Emond Jeffrey : Bonjour Stéphane! Comment vas-tu?

Stéphane Ouellet : Je vais bien merci! Je travaille fort et encore plus fort au gym avec mon entraîneur Michel Desgagné.

JJ : Récemment, tu as manifesté ton intention de retourner sur le ring après des années d’absence. Quelles sont les raisons qui ont motivées cette décision?

SO : Tu sais ce qu’on dit, boxeur un jour, boxeur toujours! La passion m’habite toujours et sans compter que la boxe se porte bien ici depuis quelques années. J’ai perdu par knock-out au tout premier round lors de mon dernier combat contre Alcine.

Ce fut un désastre pour moi car je n’ai pas terminé ma carrière sur une bonne note, j’aimerais changer cela plus que tout au monde. Alors, j’ai récupéré ma licence et Yvon Michel m’a affirmé qu’il me donnerait l’opportunité de faire deux ou trois autres combats.

Du côté personnel, je vais bien. J’ai vaincu mes démons intérieurs et je suis maintenant sobre et en santé.

JJ : Suite à une si longue absence du ring, que fais-tu pour retrouver la forme afin de combattre?

SO : Je travaille dans la construction comme couvreur, ce qui est très physique comme emploi. Depuis janvier 2010 j’ai recommencé à courir sérieusement pour améliorer mon cardio dans le but d’être prêt pour un combat.

Je regarde des boxeurs comme Bernard Hopkins et Antonio Tarver qui ont encore du succès malgré leur âge. Je me suis dit que je peux aussi y arriver. Mon travail m’a aidé à rebâtir ma musculature afin de compléter mes entraînements à la boxe.

JJ : Les fans de boxe du Québec sont impatients de te revoir dans le ring. Qui aimerais-tu affronter pour ton retour?

SO : Je n’ai personne de particulier en tête. Je veux surtout donner un bon spectacle. La sensation d’entrer dan le ring à nouveau est si importante pour moi. Plus jeune, je ne réalisais pas l’engagement qu’il fallait pour rester en compétition dans ce sport. Je n’étais pas suffisamment sérieux. M’entraîner trois heures par jour au gym fut facile pour moi, mais j’aurais dû faire plus.

Maintenant, je suis beaucoup plus conscient des sacrifices que je dois faire pour me battre. C’est pour cette raison que je redouble d’efforts au gym. Je suis content de l’opportunité d’effacer de ma mémoire mes deux derniers combats face à Alcine et Omar Sheika.

JJ : Souhaiterais-tu affronter Alcine une seconde fois?

SO : Dans un monde idéal, oui. Mais je sais que Joachim est très occupé dans sa préparation contre David Lemieux. Il m’a confié qu’il n’était pas fermé à cette idée.

JJ : Comment la passion pour la boxe est entrée dans ta vie?

SO : À l’âge de 12 ans alors que j’étais dans les scouts et je jouais au hockey à Jonquière. Ma sœur de 15 ans qui était au secondaire avait le béguin pour Robert Gagnon, un boxeur amateur de la région. Un soir après l’école, elle me dit que je devrais aussi boxer, parce que j’avais de gros bras et que les filles aiment bien les boxeurs.

Je savais qu’elle m’amenait au gym dans le but de voir Robert, le plus souvent possible. Elle est très amusante. Tout de même, c’est de cette façon que je suis tombé en amour avec ce sport. J’ai découvert que je n’étais pas un joueur d’équipe au hockey, donc la boxe convenait mieux à ma personnalité.

JJ : Étant un boxeur naturel, tu as obtenu des victoires significatives contre James Hughes, Alain Bonnamie, Dan Connolly, Roosevelt Walker, Wayne Powell et Alex Hilton. Tout ça s’est passé avant ta trilogie avec Davey Hilton Jr. Comment te sens-tu face à tes accomplissements?

SO : Très content! Je le suis autant d’avoir une fiche respectable de 29 victoires et seulement 5 défaites. Mais honnêtement, j’aurais pu faire mieux. J’étais un rebelle et je n’en faisais qu’à ma tête. Je voulais que les choses marchent comme je le voulais, non à la façon de mon équipe. J’entamais quelques fois l’entraînement à la légère, mais dans le ring j’étais prêt pour la guerre.

J’avais un excellent jab que je crois encore l’avoir. Mes mains étaient rapides et mes pieds étaient toujours bien positionnés pour demeurer efficace en attaque. Toutefois, quand tu es jeune et avec la tête dure en plus, tu oublies d’écouter les directives de ton entraîneur quand tout va comme sur les roulettes dans le ring. J’étais continuellement sur le party. La drogue et l’alcool furent une grosse partie de ma vie. À cette époque, je ne croyais pas que j’atteindrais le fond du baril, et pourtant, c’est arrivé.

JJ : Le 27 novembre 1998, devant 15 000 personnes au centre Bell ( Molson à l’époque ) , tu as dominé Davey Hilton Jr durant onze rounds. Arrive le douzième round de ce combat épique, dans les derniers instants de ce round final, Hilton te frappa solidement alors que tu te trouvais dos aux câbles. Au même moment, tu as sorti la tête entre la deuxième et troisième cordes. Pendant ce temps,à la grande surprise de tous, l’arbitre Denis Langlois arrêta le combat et Hilton fut déclaré vainqueur par knock-out technique à 2:42 secondes. Tout le monde fut consterné, incluant tes entraîneurs, Yvon Michel et Stéphane Larouche. Selon toi, crois-tu que la décision était justifiée?

SO : Absolument pas. Je dominais Hilton et je n’étais pas d’accord avec le verdict de Denis Langlois, je ne le serais probablement jamais. J’étais sobre et je m’avais sérieusement préparer pour ce duel. Après cet arrêt controversé, Denis s’est retiré comme arbitre puisqu’il n’avait reçu aucun appui de la RACJ ( Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec ) concernant sa décision dans ce combat.

Je n’étais pas le seul à penser que ce fut une injustice. Mon équipe, les fans, les médias le pensaient aussi. Les experts de boxe et la RACJ ont tous critiqués cette décision. Malheureusement, l’arbitre a le dernier mot dans un combat, alors il n’avait rien à faire. Est-ce qu’Hilton m’a atteint solidement? Oui. Pouvais-je continuer ? Oui.

On aurait dû me donner un compte de debout de huit secondes. Ça m’aurait permit de terminer et gagner le combat.

Ce verdict a changé ma vie. J’étais l’aspirant numéro un de la WBC et j’aurais pu me mesurer au champion des Moyens de l’époque, Hacine Cherifi, en France pour une bourse d’un million de dollars. Ça m’a dévasté.

JJ : As-tu rencontré Denis Langlois après cet affrontement?

SO : Oui. Même que nous avons échangé quelques coups au Club de Boxe Champions à Montréal. C’est dans le temps que je me préparais à affronter Joachim Alcine. Tout le monde pensait que j’allais tenter de lui faire mal, mais ce ne fut pas le cas. Je n’étais plus en colère contre lui et nous sommes demeurés des amis depuis. On a tous le droit à une seconde chance.

Le 28 mai 1999, tu t’es incliné de nouveau devant Hilton par arrêt de l’arbitre au troisième round. Suite à deux défaites avant la limite, tu as enfin obtenu ta vengeance en dominant ce dernier et ainsi clore cette trilogie avec une magnifique victoire par décision unanime le 8 septembre 2000. Quels sont tes commentaires?

SO : C’est la meilleure performance de ma carrière et quel sentiment de rédemption! Je m’étais préparé comme une bête pour ce duel et mon fils Jim a pu me voir performer ce soir-là. J’avais fais le serment de vaincre Hilton et j’ai réussi.

Tout se passa bien tout au long de cette bataille. Toutefois, mon anxiété progressait au fur et à mesure que le combat se déroulait, parce que la situation était similaire à notre première rencontre et que les derniers instants approchaient. La pensée de perdre dans les dernières secondes du combat m’a traversée l’esprit. J’ai pris le contrôle de mes émotions et remporta la plus importante victoire de ma carrière.

JJ : Suite à cette victoire, c’est Davey Hilton qui s’est retrouvé face à Dingaan Thobela, le champion de la WBC des Super-Moyens. Beaucoup de gens s’attendaient à ce que tu affrontes Thobela en décembre 2000. Quelles sont tes impressions à ce sujet?

SO : En effet, j’étais supposé de combattre Thobela. Après tout, j’avais battu Hilton. Il y a des fois dans le vie que tu perds, même quand tu as gagné. Au début, je me suis senti trahi par Yvon Michel. Cependant, plusieurs choses se sont passées suite à ma victoire contre Davey. J’étais tellement fébrile que je perdu le contrôle de mes émotions et je me suis retrouvé, une fois de plus dans l’enfer de la drogue et de l’alcool.

Peu de gens le savent, c’est une maladie, mais des comportements surtout. Pendant longtemps, j’étais en colère contre mon promoteur et ami, Yvon Michel. Avec le recul, je comprends qu’il avait une business à faire fonctionner et, aujourd’hui, je n’entretiens plus de ressentiments contre lui. J’étais le numéro un de son équipe,cependant, j’étais également le plus instable. À de nombreuses reprises, Yvon tenta de me remettre dans le droit chemin. Donc, il n’avait pas le choix de trouver un autre boxeur pour défier Thobela.

Mes problèmes ont affectés ma performance contre Omar Sheika en 2001 à Las Vegas. J’avais la tête ailleurs et ce fut pareil quand est venu le moment de faire face à Alcine.

Peu de temps après, je me suis retiré du ring et de la vie publique. J’en avais grandement besoin pour mieux faire face à mes démons et mettre de l’ordre dans ma vie.

JJ : Tu as grandement contribué à la popularité que la boxe connaît aujourd’hui.

SO : Avec Eric et Otis, de bons gars et de bons boxeurs. Il y en a eu d’autres avant, comme Gaétan Hart et Fernand Marcotte. La boxe se porte bien au Québec avec une nouvelle génération d’athlètes.Je prends soin de moi à présent et je tiens surtout à terminer sur une bonne note.

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