Noxchi Borz : Le loup de Tchétchénie

Arthur Biyarslanov

Arthur Biyarslanov

Entrevue avec Arthur Biyarslanov – membre de l’équipe nationale de boxe du Canada

Par Jeff Emond Jeffrey

Rencontrez le loup de Tchétchénie, un pur exemple de détermination et de courage. Dès son enfance, ce jeune homme a dû apprendre à survivre et à s’adapter dans sa Tchétchénie natale pour finalement devenir un des meilleurs espoirs pour remporter une médaille d’or pour le Canada lors des Jeux olympiques de Rio de Janeiro cet été. Biyarslanov a prouvé que ce rêve peut devenir réalité en ramenant l’or au Canada lors des Jeux Panaméricains 2015 à Toronto. Plus tôt cette semaine, celui qui est trois fois champion canadien a accepté de nous parler de ses buts et de ses sources d’inspiration pour le noble art.

Jeff Emond Jeffrey : Comment ton intérêt pour la boxe a-t-il débuté ?

Arthur Biyarslanov: Je n’avais jamais pensé devenir un boxeur. Mon frère Rustam m’a fait connaître ce sport. J’étais un joueur de soccer. Au début, je n’aimais pas ça; mais gagner et recevoir des trophées, des médailles et le respect est ce qui m’a fait continuer et éventuellement ce qui m’a fait tomber en amour avec la boxe.

JEJ : Qui est ton boxeur préféré ?

AB: Mike Tyson. Il assommait tout le monde et était si féroce. J’apprécie aussi Roy Jones Jr. car il était si divertissant à regarder. Il faisait toujours quelque chose pour divertir les admirateurs et il était si rapide et rusé.

JEJ : Quel est ton record amateur en ce moment ?

AB : J’ai 80 combats et 12 défaites.

JEJ :
Quel est l’accomplissement dont tu es le plus fier ?

AB: Bien, être trois fois champion canadien est un accomplissement dont je suis très fier, mais gagner une médaille d’or pour le Canada aux Jeux Panaméricains de 2015 à Toronto est ma plus grande réussite. Le meilleur reste à venir. Le soutien de la foule était incroyable, tout le monde criait mon nom, c’était fou.

JEJ : Que peux-tu nous dire à propos de cet incroyable moment ?

AB : Je me suis entraîné tellement fort pour ce moment, sachant que ça allait être le plus important tournoi de ma vie parce que c’était dans notre ville. Plusieurs pays prenaient part à cette compétition. J’ai donc dû me mesurer à des boxeurs parmi les meilleurs au monde. La dernière fois qu’un canadien a gagné une médaille d’or aux Jeux Panaméricains remonte à il y a quarante ans. Cela avait une grande signification pour moi que de ramener l’or au Canada, un immense accomplissement pour moi.

JEJ : As-tu ressenti de la pression à un certain moment durant le tournoi ?

AB : Au cours de la demi-finale contre Luis Arcon Diaz, un boxeur du Venezuela. Non pas à cause du boxeur, mais mon désir de me rendre en finale était tellement immense, alors j’étais un peu nerveux. Suite à cette victoire, je n’ai ressenti aucune pression lors de mon dernier combat contre Yasnier Toledo de Cuba.

JEJ : Comment as-tu gardé ton attention durant les Jeux ?

AB : Il y avait beaucoup de distractions au village. Je suis resté dans ma bulle. Je suis demeuré dans ma chambre à regarder des combats et à les analyser.

JEJ : Qu’est-ce qui te motive à travailler si fort ?

AB : Je veux être le meilleur au monde. Pour ce faire, vous devez travailler fort car rien ne vous est donné et la vie n’est pas facile. Si je donne mon meilleur chaque jour, je sais que les choses vont aller dans le bon sens.

JEJ : Comment décris-tu ton style de boxe ?

arthur 2AB : J’ai différents styles dépendamment de mes adversaires. Si je dois bouger, je vais le faire en utilisant mes pieds. Si je dois échanger, je peux frapper fort et je suis rapide aussi. Mais surtout, j’ai un grand cœur.

JEJ : Est-ce que gagner l’or à Toronto t’a aidé d’une façon ou d’une autre à obtenir des commanditaires pour ta carrière ?

AB : J’ai reçu des applaudissements et des tapes dans le dos, mais je vais bénéficier du programme ‘’À nous le Podium’’ à compter d’avril. Ce programme va m’aider pour mes voyages et mon hébergement. Le programme À nous le Podium soutient les athlètes les plus méritants selon leurs résultats, comme gagner une médaille d’or aux Jeux Panaméricains par exemple. Comme j’ai une bonne chance de me rendre à Rio et de gagner une médaille, ce programme investit en moi. Ce ne sont pas tous les athlètes faisant partie de l’équipe nationale qui ont l’opportunité de bénéficier de ce programme. C’est une grande aide.

JEJ : Comment as-tu obtenu le surnom du « Loup de Tchétchénie »?

AB :
Ce n’est pas juste un surnom. Cela vient de l’époque alors que j’étais très jeune en Tchétchénie. Dès mon jeune âge, mon père me disait toujours d’être comme un loup. Alors que j’avais quatre ans, en 1999, la deuxième guerre froide a commencé et nous étions à traverser une des frontières afin de nous rendre à Azerbaïdjan et la guerre a éclaté dans ce secteur. Les soldats me transportaient et me demandaient quel était mon nom. Je leur ai dit que j’étais « Noxchi Borz », le Loup de Tchétchénie.

JEJ :
As-tu des commanditaires qui te supportent ?

AB : Caroline Rhéaume, une avocate fiscaliste, me donne un coup de main avec certaines choses comme mes voyages et mon équipement pour m’aider avec mon entraînement. Elle est d’un grand soutien. Elle m’a aidé pour mon voyage en Hongrie, m’a acheté des bottes et a ajouté un soutien financier pour mes tournois afin que je puisse me concentrer sur la boxe. De plus, la communauté tchétchène me soutient financièrement.

JEJ : As-tu du soutien additionnel de la part du gouvernement ?

AB : Oui. Tout cela va débuter en avril. Cela s’appelle le Brevet de Boxe Canada. Cela procure une aide financière aux athlètes canadiens de niveau élite. La plupart des gens sur l’équipe nationale bénéficient d’un brevet. C’est un revenu mensuel versé par la Fédération de boxe à ceux qui se sont qualifiés sur l’équipe nationale.

JEJ : Comment Chris Johnson, un médaillé olympique pour le Canada, influence-t-il ta façon de t’entraîner ?

AB : C’est plaisant d’apprendre d’un boxeur expérimenté comme Chris. On s’entend bien et il est l’entraîneur parfait pour moi. Chris est une telle inspiration. Après tout, il a gagné une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Il a aussi gagné l’or aux Jeux du Commonwealth et l’argent aux Jeux Panaméricains et s’est battu contre Antonio Tarver dans les rangs professionnels. Il est une vraie superstar. Son expérience et ses compétences de motivateur m’aident à grandir comme boxeur.

JEJ : Où veux-tu te rendre à partir d’ici ?

AB : Ma prochaine étape est de gagner une médaille d’or pour le Canada à Rio cet été. Je viens tout juste de gagner une médaille d’or en Argentine et j’en suis très heureux.