« Mon but est d’inspirer » – Marie-Ève Dicaire

Marie-Ève Dicaire

Marie-Ève Dicaire

Entrevue avec Marie-Ève Dicaire

Par Jeff Emond Jeffrey

Depuis quelque temps, les femmes connaissent un essor sans précédent dans les sports de combat. Des guerrières comme Gina Carano et Ronda Rousey ont inspiré une génération de jeunes filles à se consacrer à ce genre de discipline. Au Québec, ce sont certainement des athlètes comme Danielle Bouchard qui ont permis à plusieurs à s’initier à la boxe, plus particulièrement. À la suite d’une impressionnante carrière amateur, Marie-Ève Dicaire souhaite soutenir cet engouement et combattre à son tour les préjugés entourant les femmes dans la boxe en entreprenant prochainement une carrière professionnelle. Étant l’une des rares athlètes féminines à se lancer chez les pros au Canada, Dicaire ne s’arrêtera pas avant la conquête d’un titre mondial.

The Main Fight eut opportunité de s’entretenir avec cette rayonnante et charismatique pugiliste. Son enthousiasme arrivera certainement à lancer définitivement la popularité de la boxe féminine dans la province et au-delà avec l’aide d’une génération de jeunes femmes dédiées au noble art.

Jeff Emond Jeffrey : Pourquoi une femme choisit de combattre?

Marie-Ève Dicaire :
Pour être franche, je ne sais pas. En ce qui me concerne, c’était tout simplement au fond de moi-même en grandissant. J’ai toujours aimé me tirailler pour le plaisir. Ce qui m’allume par- dessus tout c’est l’adrénaline que ça me procure.

JEJ : Parle-nous de la naissance de ta passion pour la boxe.

MD : Elle a débuté quand deux de mes compétitions de Kickboxing et de Karaté ont été annulées. J’étais donc à la recherche d’un nouveau défi. Un ami m’a alors orienté vers la boxe en me disant que c’était un sport plus développé et sérieux. J’étais septique, mais j’ai tout de même tenté l’expérience et c’est comme cela que tout a commencé.

Marie-Ève Dicaire contre Kaitlyn Clark au Bain Mathieu ( crédit photo: Bob Lévesque )

Marie-Ève Dicaire contre Kaitlyn Clark au Bain Mathieu ( crédit photo: Bob Lévesque )

JEJ : Quelles sont tes impressions sur ton dernier combat amateur contre Kaitlyn Clark, championne Ringside 2011 et double championne de l’Ontario?

MD : Je suis contente de terminer ma carrière chez les amateurs avec une belle victoire sur l’une de mes rivales. C’était important pour moi de venger une défaite que j’ai subie à son endroit au championnat canadien. Kaitlyn fut agressive tout au long du duel et savait comment appliquer la pression. J’ai été capable de m’ajuster même si le ring était relativement petit. Je suis une fille qui aime travailler à distance, c’est de cette façon que je suis parvenue à la vaincre. Je suis fière d’avoir récolté 40 victoires et seulement 6 revers durant mon parcours.

JEJ : Quelles sont les options qui s’offrent à toi à présent?

MD : Beaucoup de choses. Je crois vraiment que le porte est grande ouverte pour la boxe féminine avec les accomplissements de Danielle Bouchard, Ariane Fortin, Caroline Veyre et plusieurs autres. J’ai dû faire un deuil pour une carrière olympique à cause de quelques blessures. Cependant, je vais me réaliser chez les professionnelles en décrochant un titre.

Je suis présentement en négociation avec des gens prêts à me donner ma chance. Toutefois, je ne peux nommer personne pour le moment.

JEJ : Parle-nous de l’équipe qui t’entoure?

Marie-Ève entourée de son équipe; Stéphane Harnois, David Tinjust, Marc-André Wilson et Jean-François Gaudreau

Marie-Ève entourée de son équipe; Stéphane Harnois, David Tinjust, Marc-André Wilson et Jean-François Gaudreau

MD : Ce sont des personnes extraordinaires qui croient en moi. Ils me supportent énormément. Mon entraîneur Stéphane Harnois m’a aidé à rebâtir ma confiance suite à ma commotion cérébrale durant la dernière année. C’était toute une épreuve de remonter sur le ring sans craindre d’absorber des coups.

Mon préparateur physique est Marc-André Wilson. Il travaille également à préparer Eleider Alvarez, Oscar Rivas, Kevin Bizier et autrefois Antonin Décarie.

Jean-François Gaudreau s’occupe de ma nutrition. Grâce à lui et Marc-André, j’ai senti l’amélioration de ma force de frappe et ma vitesse d’exécution.

Je ne veux oublier David Tinjust, un docteur spécialisé en réhabilitation subie par une commotion cérébrale. David a mis sur pied la méthode Apexk qui m’a permis de bien récupérer pour revenir en force.

Tous ensemble, ils ont continué de croire en moi dans mes moments de doute, alors je ne vais pas les laisser tomber.

JEJ : Nous avons constaté avec des athlètes comme Ronda Rousey à la UFC, l’hommage à Danielle Bouchard et le combat de la soirée à Toronto dernièrement entre Sandy Tsagouris et Shannon O’Connell que la boxe féminine est définitivement sur une lancée. Es-tu en accord avec cette affirmation?

MD : Absolument. Les gens sont capables de reconnaître nos qualités en tant que combattante. L’acceptation des femmes dans les sports de combat ne fait que commencer. Je crois que tout ce qui se passe depuis quelques mois avec les performances de Caroline, Ariane, moi-même et plusieurs autres permettra cet essor ici également.

Le moment est parfait pour moi de passer chez les pros et soutenir cette nouvelle effervescence qui anime la boxe féminine. Je ne m’arrêterais pas avant un championnat mondial.

JEJ : Tu as récemment souligné la fin de ta carrière amateur en affrontant Caroline Veyre dans un combat ”démo”. Qu’est-ce que ce duel représente pour toi?

Marie-Ève en compagnie de Caroline Veyre

Marie-Ève en compagnie de Caroline Veyre

MD : Je ne peux pas imaginer une plus belle façon de célébrer mon parcours amateur. Caroline et moi avons combattu dans ce qu’on qualifie de combat ”démo”, une exhibition en quelque sorte où il n’y a pas de gagnante n’y de perdante. Tout s’est bien déroulé, j’ai pu m’ajuster au second round. Je me sentais beaucoup plus en forme que lors de mon combat contre Kaitlyn Clark au Bain Mathieu. Ma nutrition a fait une grande différence. Je m’attendais à une partie d’échecs, mais ce fut une guerre du début à la fin. Je suis heureuse de l’appréciation des fans présents pour cet événement.

Caroline détient beaucoup de talents. Elle vient tout juste de remporter l’or aux jeux panaméricains à Toronto. Je la considère comme l’une des meilleures boxeuses de la planète.

JEJ : Est-ce que c’est le genre d’affrontement qui te donne confiance pour passer à l’étape suivante, c’est-à-dire, la carrière professionnelle?

MD : Définitivement. Quand tu réussis à rivaliser avec une athlète du calibre de Caroline, je crois que tout est possible.

JEJ : Quel message aimerais-tu lancer en conclusion?

MD : Mon but est d’inspirer d’autres filles à se consacrer ce merveilleux sport qui aide énormément à avoir confiance en ses capacités et foncer dans la vie. Il ne faut jamais se laisser décourager.