DAVID LEMIEUX DEVIENDRA T-IL LE 15e CHAMPION DU MONDE DE BOXE QUÉBÉCOIS?

Hassan N'Dam N'Jikam vs David Lemieux

Hassan N’Dam N’Jikam vs David Lemieux

Par Martin Fournier

Après les Jack Delaney, de son vrai nom Ovila Chapdelaine en 1926 (mi-lourds NYSAC); Lou Brouillard en 1933 (moyens NYSAC); Matthew Hilton en 1987 (super mi-moyens IBF); Arturo Gatti en 1995 (super-plumes IBF) et 2004 (super-légers WBC) ; Otis Grant en 1997 (moyens WBO); Davey Hilton en 2000 (super-moyens WBC); Éric Lucas en 2001(super-moyens WBC); Léonard Dorin en 2002 (légers WBA); Joachim Alcine et Lucian Bute en 2007 (super mi-moyens WBA) et (super-moyens IBF); Adrian Diaconnu en 2008 ( mi-lourds WBC); Jean Pascal en 2009 ( mi-lourds WBC); Adonis Stevenson en 2013 ( mi-lourds WBC) et Bermane Stiverne en 2014 ( lourds WBC), David Lemieux se battra en combat de championnat du monde pour la couronne IBF des poids moyens, titre vacant depuis la destitution du champion Jermain Taylor en février dernier. Par le fait même, il pourra passer à l’histoire en devenant le 15e champion du monde québécois de l’histoire, boxeurs nés ou ayant évolués au Québec, et cela 35 ans après le plus grand combat de l’histoire à avoir été disputé en sol québécois pour le titre mondial WBC des mi-moyens entre Sugar Ray Leonard et Roberto Duran, le 20 juin 1980 au stade olympique.

De plus, autre fait intéressant, cette couronne des moyens de l’IBF a été détenue pendant dix ans, par un des associés de Golden Boy promotions, promoteur de David Lemieux, nul autre que le légendaire et futur membre du temple de la renommée de la boxe, Bernard Hopkins, qui a défendu cette couronne à vingt reprises entre 1995 et 2005. À noter qu’advenant une victoire de Lemieux, il deviendra le troisième champion du monde québécois dans la catégorie des poids moyens après Lou Brouillard et Otis Grant.

En guise de présentation des deux pugilistes, l’adversaire de David Lemieux, le français d’origine camerounaise de 31 ans, Hassan N’Dam, aspirant no 1 au titre, possède une fiche de 31 victoires et une seule défaite, défaite survenue en 2012 dans un combat spectaculaire face à l’ancien champion du monde de la WBO, Peter Quillin, qui a envoyé le français au tapis à six reprises. De plus, il a été champion du monde officiel de la WBO, d’août à octobre 2012, et champion intérimaire de cette même organisation en 2012 en plus d’être aussi champion intérimaire des poids moyens de la WBA en 2010-11. Pour ce qui est de David Lemieux, 26 ans, champion actuel NABF des poids moyens et classé 4e au monde, possède un dossier de 33 victoires et deux défaites, défaites survenues en 2011 contre l’ancien champion du monde intérim des poids moyens WBC en 2014, Marco Antonio Rubio et l’ancien champion du monde des super mi-moyens WBA en 2007-08, Joachim Alcine.

Afin d’évaluer les chances de David Lemieux de remporter ce titre mondial des poids moyens de l’IBF, analysons le duel à venir entre le québécois et son adversaire à l’aide de six critères précis que sont la puissance; la défensive; la vitesse; l’endurance; l’expérience des combats importants et les facteurs extérieurs. En premier lieu, sur le plan de la puissance, il ne fait aucun doute que David Lemieux est le plus puissant des deux. Sur ses 33 victoires, il a obtenu 31 KO. Sur l’ensemble des 108 rounds disputés en carrière, il possède un pourcentage de KO de 88.57% dont 11 KO obtenus au premier round. Il est considéré comme l’artiste du KO et un des plus grands cogneurs actuels des poids moyens avec nul autre que Gennady Golovkin, champion WBA. Sa puissance ne fait aucun doute et c’est son atout principal en vue de ce combat. Il est puissant des deux mains. Il est aussi très opportuniste quand c’est le temps de terminer un combat et mettre son adversaire KO. Ses deux dernières victoires par KO et TKO en 2014 face à Fernando Guerrero et Gabriel Rosado, ne font que confirmer sa puissance et qu’il est en mission en vue de l’obtention de la ceinture mondiale IBF. Dans le cas de N’Dam, il a obtenu 18 KO sur ses 31 victoires. En 219 rounds de boxe, son pourcentage de KO est à 56.25%. Il ne possède évidemment pas la force de frappe de Lemieux. Son dernier véritable KO remonte en juin 2010 face à Omar Gabriel Weis au 8e round. Toutefois, il possède un bon jab qui pourrait lui profiter dans ce duel face à un cogneur comme David Lemieux afin de le garder continuellement à distance puisque le québécois risque de poursuivre continuellement N’Dam dans ce combat. Par conséquent, AVANTAGE MARQUÉ DE LEMIEUX SUR LA PUISSANCE.

Concernant la défensive et la vitesse des deux pugilistes, N’Dam possède une bonne défensive notamment en raison de sa mobilité. Il est très bon techniquement et esquive bien les coups. Il est continuellement en déplacement ce qui a pour effet de déstabiliser ses adversaires. Son dernier combat contre Curtis Stevens en octobre 2014 en fut une belle démonstration. Néanmoins, bien qu’il n’a jamais perdu par KO, sa défensive a été percée à quelques occasions notamment lors de son duel face à Peter Quillin en octobre 2012, dans un combat de championnat du monde des poids moyens de la WBO, où il est tombé à six reprises, deux fois respectivement au 4e, 6e et 12e assaut. De plus, il est aussi allé au plancher au 5e round face à Giovanni Lorenzo en 2011 dans un combat pour le championnat intérim de la WBA. La clé dans ce combat est à savoir si N’Dam sera en mesure de résister aux puissantes frappes de Lemieux. On risque de le savoir très tôt en début de combat. Si N’Dam peut bien composer avec la puissance de Lemieux, on aura tout un combat. Pour ce qui est de Lemieux, bien que ses combats n’ont pas duré très longtemps depuis le début de sa carrière professionnelle en 2007, il a amélioré sa défensive depuis sa seule défaite par arrêt de l’arbitre en 2011, au 7e round, face à Marco Antonio Rubio, cogneur redoutable chez les moyens avec 51 KO à son actif. Il est beaucoup plus mature sur le ring et lors de son dernier combat contre Gabriel Rosado, il a bien géré ses énergies, ne cherchant pas à en faire trop tout en suivant son plan de match. Il doit éviter d’être trop large dans l’exécution de ses coups ayant pour effet de s’exposer à son adversaire. Pour ce qui est de la vitesse, N’Dam est rapide et se déplace très bien dans le ring. Force importante chez lui. Son jab est rapide, il possède un excellent jeu de pieds. David Lemieux est plus statique et moins méthodique que N’Dam. Il n’a pas la mobilité et ne se déplace pas aussi aisément que N’Dam. AVANTAGE N’DAM EN DÉFENSIVE ET SUR LA VITESSE EN RAISON DE SA MOBILITÉ.

Sur les aspects de l’endurance et de l’expérience des combats importants, N’Dam est aussi avantagé. Le combat qu’il a livré face à Peter Quillin où il est tombé à six reprises au plancher pour finalement terminer le combat, témoigne de son courage et de sa résilience. De plus, il n’était pas dans sa forme ultime pour ce combat puisqu’il était affaibli par des antibiotiques et des doses d’anesthésie reçues en raison d’une extraction d’une dent de sagesse infectée trois semaines avant le combat. Malgré tout, il avait réussi à lancer plus de coups et être plus précis que Quillin. De plus, outre ce combat de championnat du monde WBO en octobre 2012, il a aussi livré trois combats de championnats du monde chez les poids moyens pour les titres intérimaires de la WBA et de la WBO de 2010 à 2012, combats contre Avtandil Khurtsidze, Giovanni Lorenzo et Max Bursak, duels qu’il a tous remportés par décision unanime des juges. Son dernier combat en octobre 2014 contre Curtis Stevens, combat éliminatoire IBF, fut significatif en remportant une décision unanime. Force est de constater qu’il possède une bonne expérience en combats de championnats du monde et sans parler de sa carrière chez les amateurs avec 77 victoires en 84 combats où il a battu notamment le champion actuel WBO des moyens, l’irlandais Andy Lee. En contrepartie, David Lemieux n’a pas ce niveau d’expérience chez les amateurs et en combat de championnat du monde, il en sera à une première participation le 20 juin prochain. Toutefois, il peut tirer des enseignements de son combat contre Marco Antonio Rubio en avril 2011 afin de ne pas commettre les mêmes erreurs, manque d’endurance à partir du 7e round et mauvaise gestion de ses énergies durant le combat. De plus, force est de constater que depuis ses deux défaites face à Rubio et Alcine, il a apporté beaucoup de changements et est devenu plus mature sur le ring et en dehors du ring. Il est sur une séquence de huit victoires consécutives. Ses dernières prestations contre Fernando Guerrero et Gabriel Rosado en 2014 furent significatives et témoignent de cette évolution importante chez Lemieux. Néanmoins, AVANTAGE N’DAM AU NIVEAU DE l’ENDURANCE ET DE L’EXPÉRIENCE DES COMBATS IMPORTANTS.

Comme dernier critère d’analyse, les facteurs extérieurs, favorisent à mon avis David Lemieux. Le fait qu’il se battra au Centre Bell devant ses partisans ne peut que le motiver au plus haut point. La chance de sa vie de devenir champion du monde et par surcroît dans sa ville natale est un facteur qui avantage Lemieux bien que la pression sera très importante pour lui. Néanmoins, le passé est révélateur, on n’a qu’à se rappeler de la victoire de Matthew Hilton en championnat du monde au Forum de Montréal le 27 juin 1987 contre Buster Drayton. Des championnats du monde remportés au Centre Bell : Davey Hilton contre Dingaan Thobela le 15 décembre 2000; du KO spectaculaire d’Éric Lucas contre Glenn Catley le 10 juillet 2001; du TKO de Lucian Bute contre Alejandro Berrio le 19 octobre 2007 et sans oublier le KO retentissant d’Adonis Stevenson en 76 secondes contre Chad Dawson le 8 juin 2013. Ces exemples sont marquants et à cet effet, Lemieux ne peut que s’en inspirer. Pour ce qui est des entraîneurs des deux boxeurs, depuis la venue de Marc Ramsay comme entraîneur de Lemieux, qui est aussi l’entraîneur de Jean Pascal, ancien champion du monde des mi-lourds WBC et the Ring de 2009 à 2011, et d’Artur Beterbiev, en voie vers un combat de championnat du monde et 2e aspirant IBF, les faits parlent d’eux-mêmes. Huit victoires consécutives et une plus grande maturité acquise par Lemieux sur le ring. L’entraîneur n’est pas le seul responsable dans cette transformation, le boxeur aussi. Lemieux est maintenant âgé de 26 ans et il est plus mature. Dans le coin de N’Dam, Mustapha Ouicher a été l’entraîneur du français Jean-Marc Mormeck, champion du monde des lourds-légers de la WBA et de la WBC, de 2002 à 2007. Égalité au niveau des entraîneurs. Cependant, AVANTAGE LEMIEUX AU NIVEAU DES FACTEURS EXTÉRIEURS.

Somme toute, en vertu de ces différents critères d’analyse, bien que N’Dam est avantagé au niveau de la défensive ; de la vitesse; de l’endurance et de l’expérience des combats importants, celui de la puissance fera la différence et David Lemieux l’emportera par KO pour devenir le 15e champion du monde de boxe québécois.