Clovis Drolet : vif de corps comme d’esprit

Clovis Drolet ( crédit photo : Serge Philippe Tremblay )

Clovis Drolet ( crédit photo : Serge Philippe Tremblay )

Entrevue avec Clovis Drolet

Par Jeff Emond Jeffrey

La boxe olympique canadienne n’a pas connu de médaillé d’or depuis Lennox Lewis en 1988. David Defiagbon y parvint presque en 1996, mais s’inclina contre Felix Savon pour se contenter de l’argent. Depuis ce temps, beaucoup de talents ont émergé de la scène amateur pour devenir de dignes compétiteurs, tels que Jean Pascal, Benoit Gaudet, Adam Turpish et quelques autres. Malheureusement, aucun d’eux n’a remporté de médaille au Canada. Cependant, un nouvel espoir a récemment surgi au Québec. Une jeune étoile de 23 ans, brillant avec une telle puissance qu’elle pourrait bien remporter les grands honneurs et ensuite embraser le circuit professionnel. Il s’agit de Clovis Drolet, un jeune boxeur de Beauport. Mature, ambitieux et vif d’esprit, Clovis s’illustra au tournoi des Amériques à Porto Rico et eut le dessus sur le champion amateur des États-Unis, Chordale Booker à la Ken Goff Memorial Cup de Régina, Saskatchewan.

The Main Fight eut l’opportunité de s’entretenir avec Clovis au sujet de sa carrière et de ses futurs projets.


Jeff Emond Jeffrey :
Comment a débuté ton intérêt pour la boxe?

Clovis Drolet : Je viens d’une famille où nous sommes quatre frères et une sœur. Je me chamaillais souvent avec eux en grandissant. J’ai toujours eu une passion pour les films comme Mortal Kombat, Rocky, etc. Je pratiquais le karaté avant la boxe et c’est au moment de l’ouverture d’un gym près de chez moi à Beauport que tout débuta. Mon grand frère Silvio pratiquait déjà cette discipline. J’ai attrapé la piqûre dès 5 ans en boxant avec mes frères au sous-sol avec des petits gants de karaté, mais c’est vraiment au gym à l’âge de douze ans que la passion pour ce sport grandit en moi.

Après avoir décroché le titre de champion canadien junior en 2005, Silvio s’est détourné peu à peu de la boxe et j’ai pris le relais.

JEJ : Quel est ton boxeur préféré ou ton inspiration en quelque sorte?

CD : Sugar Ray Robinson. J’aime bien les gladiateurs qui ne reculent devant personne.

JEJ : Parle-nous de ton parcours amateur jusqu’à maintenant.

CD : J’ai complété 88 combats avec seulement dix défaites, dont deux guerres contre Schiller Hyppolite dans ma première année senior. J’ai beaucoup appris en le combattant. Jan-Michael Poulin fut aussi un excellent boxeur que j’ai affronté à plusieurs reprises dont ma victoire en finale des championnats canadiens en 2014. Il est important de maintenir une bonne discipline tôt à la boxe, que ce soit pour la nutrition et la rigueur au gym. Il faut absolument penser à autre chose que la puissance. Il faut bouger, esquiver et maintenir sa garde.

JEJ : Quelles sont tes qualités en tant que boxeur?

CD : Ma rapidité, mes déplacements et la capacité d’enchaîner mes coups. Je travaille en ce moment à parfaire mes réactions défensives. Je maintiens une bonne discipline dans tout ce que j’entreprends.

JEJ : Comment débuta ton association avec ton entraîneur Vincent Auclair?

CD : Vincent boxait déjà à mon gym et terminait du même coup ses études en préparation physique. Ensuite, il a commencé à s’occuper des jeunes pendant que je m’entraînais sous la tutelle de Patrick Claveau et par la suite, Rémi Bizier. Alors que j’étais blessé à l’épaule, c’est Vincent qui me montrait des techniques d’entraînement afin que je demeure actif et tout a commencé de cette façon avec lui.

Vincent possède une grande ouverture d’esprit, capacité de planification et adaptation lorsque je connais un mauvais round. Il sait m’entourer des meilleurs éléments pour l’avancement de ma carrière, que ce soit en physiothérapie, massothérapie et autres. Nous sommes sur la même longueur d’onde, ce qui est très important pour moi.

JEJ : À quel endroit t’entraînes-tu en ce moment?

CD : Au club de boxe la Capitale à Québec. J’ai récemment déménagé à Montréal pour poursuivre ma carrière au club Le Champion.

JEJ : Te sens-tu prêt pour une carrière chez les professionnels?

CD : Effectivement. Mais il est essentiel pour moi d’entreprendre ma carrière étape par étape. Je me concentre présentement sur les prochains jeux panaméricains. Une chose à la fois avant de penser aux olympiques de 2016. Ce genre de compétition est d’une grande importance pour m’améliorer dans le but de devenir un boxeur complet dans les rangs professionnels. C’est au niveau international chez les amateurs que je peux monter mon niveau de boxe, car je suis tenu d’affronter les meilleurs de chaque pays. Je pense à Artur Beterbiev et Vasyl Lomachenko qui sont demeurés longtemps chez les amateurs avant de prendre d’assaut les rangs pros fins prêts et surtout affamés. De grands boxeurs comme Floyd Mayweather jr, Lennox Lewis, Oscar De La Hoya ont aussi brillé aux olympiques. Je suis sur l’équipe nationale du Canada, je veux bien profiter de cette chance pour m’accomplir dans le ring.

JEJ : Qui fait partie de ton équipe?

CD : Mon entraîneur est Vincent Auclair. Samuel Décarie-Drolet et Jean-Philippe Riopel s’occupent de ma préparation physique. Jennifer Langlois entreprend la partie physiothérapie pour prévenir toutes blessures dues à certains mouvements répétitifs.

JEJ : Ton nom circule déjà parmi les promoteurs au pays comme étant l’une des recrues les plus convoitées. Est-ce que cette situation apporte chez toi une pression supplémentaire?

CD : Pas du tout. Ce sont des choses que je ne peux contrôler. Mon but est de bien performer à tous mes combats et de donner le meilleur de moi-même.

JEJ : Quelles sont les opportunités et les commandites qui te permettent de poursuivre ton parcours ?

CD : Grâce à Caroline Rhéaume, avocate-fiscaliste et chargée de cours à HEC qui me commandite également, j’ai rencontré Bruny Surin au moment où je suis allé chez le designer Yves Jean Lacasse pour des chemises personnalisées. Plusieurs gens croient en moi comme Richard Poulin de Sports Bar Vegas, Pierre Vachon de Maçonnerie Bel-Ouvrage, Jimmy Racine de PAS aircraft deicing, Michel Routhier de Courcherne Larose, Réginald Barbe de Planisource et la Maison Simons. Bien entendu, le gouvernement me donne un certain montant pour m’encourager.

JEJ : Que peux-tu nous révéler sur tes derniers accomplissements?

CD : J’ai participé au tournoi des Amériques à Porto Rico. Le Brésil, la République Dominicaine, le Mexique, le Canada et bien entendu le pays qui présenta les jeux y étaient présents. Je dois dire que les Dominicains avaient une équipe des plus solides, les Brésiliens également. Ce fut une expérience enrichissante concernant les étapes que je dois surmonter pour m’améliorer en tant qu’athlète. La boxe d’Amérique du Sud diffère beaucoup du style européen. J’ai pu le constater ayant participé à une compétition à Belgrade en Serbie. Je suis vraiment satisfait de mes performances et d’avoir rapporté l’argent au Canada. Je me suis incliné en finale face au Portoricain Raul Sanchez dans un affrontement serré. Ce résultat me motive à faire mieux aux jeux Panaméricains à Toronto en juillet prochain.

Il y avait aussi un Brésilien dénommé Mike Caballaro. Bien qu’il soit âgé de 32 ans et qu’il ne soit jamais passé chez les professionnels, il a participé aux jeux olympiques de 2004, 2008 et 2012. Donc il détient beaucoup d’expérience et de talents. J’ai la certitude que ces combats feront de moi un meilleur boxeur.