Captain America

Andre Ward vs Sergey Kovalev

Andre Ward vs Sergey Kovalev

Un retour sur le combat Ward contre Kovalev

Par Jeff Emond Jeffrey

Déjà trois semaines se sont écoulées depuis l’affrontement le plus anticipé de l’année. Depuis, les répercussions persistent dans l’univers de la boxe. Avec un ralentissement remarqué des événements d’envergure entourant le noble art durant les derniers mois, ce duel se devait de réconcilier les fans de boxe avec ce sport. Malheureusement, c’est l’effet inverse qui s’est produit.

Les gens sont en constante recherche de justice. Cependant, la décision douteuse du 19 novembre continuera d’alimenter cette utopie. C’est avec stupéfaction que la grande majorité des amateurs et André Ward lui-même accueillirent le résultat de ce combat de championnat. Le fait demeure, le nouveau champion unifié des Mi-Lourds ne méritait pas cette victoire.

En premier lieu, Ward n’a jamais contrôlé le centre du ring ou, par le fait même, le combat. Mis à part les deux derniers rounds , le gagnant du Super Six n’a pas su s’imposer sur le Krusher. Pour lui, survivre était plus juste.

En effet, Kovalev domina aisément les cinq premiers assauts notamment, avec son puissant « jab » qui recula la tête de son adversaire avec autorité. Au deuxième assaut, une solide droite de la part du titan russe causa une chute au plancher à son rival. Ward n’a pu reprendre ses esprits avant la fin du cinquième round. Il retenait abondamment sans avoir reçu le moindre avertissement de l’arbitre afin de survivre. Kovalev tenta d’en finir avec son rival, mais en vain.

Bien qu’il ne l’atteignait pas chaque fois, le « jab » garda Ward sur la défensive durant une grande partie du combat. Ce n’est qu’au milieu de la huitième reprise que S.O.G (Son of God) commença à travailler le corps de son adversaire, lentement, mais sûrement. En fait, Ward réussit à s’établir clairement contre Kovalev dans les deux derniers « rounds » du duel, alors que ce dernier fut visiblement fatigué. À l’aide de crochets de gauche, l’ancien champion unifié des Super Moyens démontra l’étendue de son savoir-faire.

Toutefois, il semble inconcevable qu’un aspirant remporte un match de cette magnitude en s’appuyant sur des techniques de survie. Pourtant, c’est ce qui arriva. N’ayons pas peur des mots, il s’agit bel et bien d’un vol. Il ne s’agit pas ici de soutirer un seul titre en survivant, mais trois, ce qui ajoute à la controverse.

Alors que 45 représentants des médias sur place attribuaient la victoire à Kovalev, 15 avaient déclaré Ward gagnant et un seul a remis un verdict nul. Les juges détenaient un tout autre destin pour le véritable gagnant du combat. Bien que les points de 114-113 soient plausibles, les résultats n’en demeurent pas moins douteux. Les juges John McKale et Glenn Throwbridge accordèrent les six derniers « rounds » à Ward, tandis que Burt Clemens trouva le moyen de donner sept « rounds » de suite à l’Américain (5 à 11).

De toute évidence, le sort de Kovalev semblait décider bien avant ce duel. Une forte impression circulait parmi les experts de boxe et les fans ; Kovalev ne remporterait jamais une décision face à Ward à Las Vegas.

Il ne faut pas oublier que la boxe est un sport très ethnocentrique. Par exemple, les Britanniques ou Québécois valorisent en premier lieu leurs athlètes, sans pour autant dénigrer les autres. Il en est de même pour les Américains. La riche histoire de cette nation en matière de boxe sera à tout jamais inégalée. Des noms comme Muhammad Ali, Sugar Ray Robinson, Sugar Ray Leonard et plus encore rayonneront pour l’éternité.

Plusieurs médaillés d’or olympiques ont réussi à devenir des légendes américaines du pugilat moderne. Des boxeurs tels que Joe Frazier, George Foreman, Floyd Patterson, Meldrick Taylor, Oscar De la Hoya ont contribué à l’immense popularité de ce sport chez les Américains.

Depuis quelques années, cette popularité a beaucoup souffert aux États-Unis. Que ce soit par manque de héros, usage de produits dopants, mais surtout de mauvaises décisions. De plus, l’essor des athlètes des anciennes républiques soviétiques changea la donne. Rapidement, une multitude de titres se sont retrouvés aux mains de boxeurs tels que les frères Klitschko, Nikolay Valuev, Denis Lebedev, Oleksandr Usyk, Sergey Kovalev et autres, ce qui détourna l’attention des Américains et des réseaux de télévisions comme HBO.

Le combat Ward-Kovalev représentait donc l’occasion parfaite de ramener l’intérêt des amateurs de sports de combat chez nos voisins du Sud. Par la fait même, ce fut aussi le duel le plus anticipé de l’année 2016. Étant le dernier médaillé d’or olympique en 2004 pour les États-Unis et le gagnant du Super Six, André Ward était tout désigné pour être ‘’l’élu’’, Capitain America, la prochaine légende américaine de la boxe qui, par cette victoire, poursuivra son ascension parmi les Ali, Dempsey, Louis.

Kovalev n’a pas cette chance, si l’on peut dire. Malgré sa monstrueuse puissance, il s’exprime plus ou moins bien en anglais, se montre quelques fois hostile envers les médias et lors de son entrevue d’après combat envers Jean Pascal. Bref, son image est difficile à vendre au public américain et ailleurs.

Dans les faits, Ward se vend beaucoup mieux que Kovalev. Commentateur à HBO, il porterait également le rôle de Julian Wheeler dans le film Creed, la septième partie de la série Rocky. Ajoutons à cela qu’il sera l’antagoniste principal de la suite de Creed. Après tout, il est plus facile de promouvoir un film de l’une des séries des plus populaires de l’histoire du cinéma avec un champion unifié américain.